Thödol

Independant label
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21 juil. 2017

QUADRILATERE Volume 5


Ecouter des extraits de l'album / Listen to excerpts

Quatre musiciens créent chacun un morceau remixé successivement par les trois autres.
Four musicians each create a piece successively remixed by the three others.

Laurent ESTOPPEY - Saxophone, Laptop
Lionel MALRIC - Cymbalum, Tape Recorder, Electric Clavichord, PIANO,
Keyboards, Gamelan, Objects, Field recordings
Juanjose RIVAS - Hacked turntable, No input mixer, Amplified objects, Digital processes
Dragos TARA - Digital Audio Station, Objects, Field recordings

Compositions
Laurent ESTOPPEY, Lionel MALRIC, Juanjose RIVAS, Dragos TARA

Recorded in April/May 2017
Mastered by Andrew WEATHERS
Produced by Laurent ESTOPPEY
Associate production THÖDOL & ANIMA

Artwork & Pictures Nathalie LEROY FIÉVÉE (Sons déchirés & excerpts from serie Sons 2)
Design Vincent CAPES

Chaque disque est un exemplaire unique avec un artwork original par Nathalie LEORY FIÉVÉE
Each CD is unique with an original artwork by Nathalia LEROY FIÉVÉE.



20/07/2017 - THO032
70 min.

17 avr. 2014

Ordre & Progrès - IMITATIONS RITUELLES





 « Nous avons tendance à penser les sociétés à partir de leur état normal, dans leur fonctionnement quotidien tel que le décrivent des gens bien tranquilles qui ne pensent pas la violence.  (…) s’il y a un ordre normal dans les sociétés, il doit être le fruit d’une crise antérieure, il doit être la résolution de cette crise. C’est donc celle-ci qu’il faut chercher et interroger. »
René Girard, Quand ces choses commenceront, Arléa 1994
Aujourd’hui plus que jamais, la musique est de plus en plus reproduite, jusqu’au vertige, jusqu’à la nausée. Non, la musique n’a jamais adoucit les mœurs. La musique est envahissante, elle agresse, elle est coupable et partout présente. Elle remplit et comble le vide sonore qui angoisse, elle réchauffe, elle rassure et meuble la peur du silence. L’oreille pourrait se dissoudre dans le magma impersonnel qu’engendre ce conglomérat de musique de grande surface. Reproduite, mais de moins en moins utilisée. A l’extrême opposé de ce qu’elle était au départ, la musique est devenue un son non désiré. Elle a depuis longtemps traversée la frontière qui la séparait du bruit. Un ancien mot français a donné le mot anglais noise. Le même qui est resté dans l’expression « chercher des noises ».
Une des pistes pour tenter de comprendre la musique industrielle serait de se demander en quoi la musique (celle rythmique, mélodique, verbale) peut servir l’œuvre de l’Etat (et par extrapolation, via l’imagerie véhiculée par ces courants musicaux, en quoi elle a pu servir l’œuvre des nazis dans les camps). Mais cet angle de réflexion n’est pas juste. Il ne faut pas, comme Vladimir Jankélévitch refusant d’écouter et d’interpréter de la musique allemande, lui conférer un caractère désastreux et absolu. Il faut déplacer la question en se demandant en quoi, dans son essence même, la musique est susceptible de servir le travail du pouvoir en place. Le « en quoi » peut être un premier pas vers le « pourquoi », et peut permettre de dépasser les interprétations classiques (l’idéologie, la manipulation, ou dans le cas de la Seconde Guerre Mondiale, le sadisme des officiers allemands utilisant des orchestre dans les camps). Ce n’est pas la barbarie contre la civilisation, ou le sadisme contre le raffinement. Ce sont des retrouvailles, dans des conditions certes plus ou moins inattendues ou inespérées, mais ce sont bel et bien les retrouvailles du pouvoir originel de la musique et de l’ordre mortifère.
Si la fonction de la musique est de convoquer, comment entendre une musique sans lui obéir ? Les technologies de reproduction mécanique renvoient l’auditeur à la fonction première de la musique : libérer la violence originaire et montrer la maîtrise qu’opère le son. Les fascismes le savent, ils sont nés dans les haut-parleurs et grandirent à la télévision. Mais la musique diffusée sur les ondes ne se dévisage pas et ne s’envisage même plus. Il n’y a pas de visage donc plus de rencontre possible.
L’impossibilité de communiquer est le fantôme qui hante toute l’œuvre de William Burroughs (et on retrouve cette difficulté de rentrer en relation avec l’autre magnifiée dans les contorsions des corps dans les discussions du film de David Cronenberg Le Festin Nu). Comme les deux points clignotants sur le réveil indiquent la présence du fantôme du balancier des horloges, la Power Electronics conserve en « bruit de fond » la douleur de l’incommunicabilité de l’homme. Les anciens chinois avaient pour habitude de dire que la musique d’une époque en dit long sur l’état de la société. Toute société a la musique qu’elle mérite.
Si une fin de la société actuelle est probable, si sa défaite est concevable, alors tout doit être précipité. Voilà le leitmotiv de la musique industrielle. Elle ne laisse pas d’espoir. Elle fait déchanter. Ou plutôt elle désenchante. Désenchanter, c’est donner une porte de sortie à celui qui entend le chant de l’obéissance. C’est exorciser, et ex-orciser, c’est amener l’esprit dehors, le fixer sur autre chose. Voilà le fond de la musique industrielle.

N.B. : A écouter aussi fort que possible.

Elliot : Synthétiseur (Synthetizer)
U235 : Sampler

Compositions : Ordre & Progrès
Enregistrement et Mixage (recording and mixing) : Ordre & Progrès
Graphisme (Design) : U235
THO019 – 12/2013
CD Time : 31:05

24 mars 2013

Coup de projecteur - HORSE GIVES BIRTH TO FLY



 

Horse Gives Birth to Fly tient son nom du formidable morceau de Deutsch Nepal, qui tient le sien d’Amon Düül II. Ainsi la filiation est claire, et il n’y a aucun mensonge sur le contenu, car la musique de Horse Gives Birth to Fly se loge très exactement dans cet interstice : entre la transe issue du psychédélisme et du Krautrock et l’air vicié de la dark ambient et de la musique industrielle.  
Le résultat est un duo qui travaille sur les couches successives et développe une musique atmosphérique d’une fragile puissance où s’accroît la tension tout au long des morceaux. Et la longueur en est un des éléments-clé, parce que la répétition n’est pas le retour de l’identique, du même en tant que tel. Et c’est précisément sur cette perversion que jouent Miccam et Kriss dans Horse Gives Birth to Fly. Cette superposition progressive qui s’immisce en nous, les accumulations de boucles entêtantes et la façon dont ils les orchestrent nous entraînent vers des paysages inquiétants, comme l’orage qui gronde à l’horizon. Chaque petit bruit, chaque petit son qu’ils ajoutent participe à édifier leur construction aural, qui fonctionne comme un tableau pointilliste et qui ne se révélera et ne se déploiera que dans son holisme.
Cette musique peut même être d’un érotisme troublant. Les timbres sont séduisants, les atmosphères envoûtantes, et les chants liturgiques qui se mêlent aux percussions et aux drones gagnent l’auditeur insidieusement.
On pense à Popol Vuh, Faust, Cabaret Voltaire, à Set the Control for the Heart of the Sun de Pink Floyd, ou Acid Mothers Temple… Mais étonnement, il faudrait peut-être rapprocher Horse Gives Birth to Fly de Ligeti, de Xenakis ou de Penderecki. Les exigences musicales en jeu ici étant d'amener des reliefs, des couleurs et des dynamiques au-delà de la technique ou de la simple puissance primale (bien qu’ici primitive). Ce qui signifie que toutes les louanges qui peuvent être adressées à ce groupe viennent de la concentration exemplaire, à la fois intense et impressionnante dont ils font preuve.
Horse Gives Birth to Fly déploie une musique tellurique, qui s’inscrit dans des rituels oubliés et nous emmène vers des contrées lointaines. Cela résonne en nous comme la reconnaissance imprévisible de ce qu’on ignorait depuis trop longtemps et qui ne peut plus, qui ne veut plus se taire.
Pour vous en convaincre, écouter donc leur dernier morceau, bientôt disponible en LP.

Horse Gives Birth to Fly was named after Deutsch Nepal’s masterpiece, which was named after Amon Düül II. So, filiation is clear, and there’s no lie about the content. Horse Gives Birth to Fly's music fits exactly in this gap: between the trance came from psychedelism or Krautrock and stale air of dark ambient and industrial music.
The result is a duo that works on layers and atmospheric music. It develops a fragile power with a ever-growing tension all along the tracks. And the length is one of the keys of this music, because repetition is not the return of the identical, the same itself. In Horse Gives Birth to Fly, Miccam and Kriss play precisely on this perversion. This progressive superposition meddles in us. The accumulation of catchy loops and how they both orchestrate it lead us to uncanny landscapes, where the storm roars on the horizon. Every little noise, every little sound they add builds their aural construction, which works like a pointillist painting and will be revealed and unfold only by the holism.
This music is even a little disturbing with its eroticism. The tones are attractive, the atmospheres are bewitching, and liturgical songs blend with percussions and drones insidiously reach the auditor.
It reminds us Popol Vuh, Faust, Cabaret Voltaire, Pink Floyd’s Set the Control for the Heart of the Sun, and Acid Mothers Temple... But surprisingly, maybe Horse Gives Birth to Fly would be closer to Ligeti, Xenakis and Penderecki. The musical requirements involved here are to bring relief, colors and dynamics beyond the technical or simple primal power (although it’s primitive here). It means that all the praise that can be directed at the group as to do with the perfect concentration, both intense and impressive.
Horse Gives Birth to Fly displays land-based music, which is part of forgotten rituals and takes us to distant lands. It sounds to us like the recognition of what was too long ignored. And this something can’t, doesn’t want to shut up.
To convince you, listen to their latest track, soon available in LP.

Kriss : Rythmic & tribal voice, Bass, Space toys 
Miccam : Cosmic Noise Guitar, Aerial voice, Space toys

Horse Gives Birth to Fly site 
Horse Gives Birth to Fly on Bandcamp