Thödol

Independant label

4 août 2011

Ordre & Progrès - INEMPLOYABLES

Ordre & Progrès - INEMPLOYABLES



Au cours des dernières décennies, la Power Electronics s’est retrouvée noyée sous les suiveurs de Bennett et des innombrables groupes qui ont inondé le marché avec des disques remplis de bruits horribles, en continuant de mélanger de façon stérile les imageries et les propos de dominations, d’abus et d’abominations en tout genre.
Ordre & Progrès, qui apparaît un peu comme la collaboration inévitable et le point culminant de 25 années d’amitiés entre Elliot et U235, se positionne clairement vis-à-vis de tous ceux qui se sont nichés dans cette musique depuis 30 ans. Comme ils disent si bien dans leur texte :
« Nos thèmes de prédilection sont bien moins spectaculaires que ceux habituels de la Power Electronics mais procèdent d'un intérêt similaire pour la chosification de l'individu. Notre perspective est donc volontairement amorale et désengagée politiquement. Dans le même sens, l'usage du bruit par le groupe Ordre & Progrès ne doit pas être assimilé à celui d'arrière-garde de la contre-culture. Notre démarche est par ailleurs étrangère à toute idéologie de résistance culturelle. Nous n'entendons donc pas dissoudre des formes existantes en les brouillant mais créer de nouvelles formes par le bruit. »
Constitués de titres plutôt courts et percutants, Inemployables récupère la méthode du collage sonore à caractère industriel où les fréquences mutent, s’enfilent et se chevauchent de façon brutale et intense. Dans ces morceaux, le groupe semble chercher une approche qui se veut distanciée, mais qui reste agressive par les féroces manipulations sonores qu’ils opèrent. Une conversation, des voix menaçantes, et bien plus encore… Tout a un effet aliénant et transpire une désolation troublante. Le bruit que ferait une journée morne dans un bâtiment administratif, ou dans un hôpital, lorsque tous les médicaments sont épuisés.
Bien sûr, cela a l'effet escompté, et le groupe réussit assez bien : la musique est implacable, et nous broie. Et laisse l’auditeur effrayé d’une humeur sombre. Répulsif, mais dans le bon sens du terme : une écoute proprement angoissante.
Quelque part, ceux qui écoutent ce style musical aiment se faire du mal. Mais ils partent en connaissance de cause, et Inemployables est un peu la quintessence de ce qui constitue intrinsèquement cette musique, c’est-à-dire l’exploration des tensions entre l’auditeur et le son. Comment le faire ciller, et ébranler sa pensée et son libre-arbitre. L’asservissement. Et bien sûr, le doute. Car dans cette poisseuse agression sociale, tout se lit à travers les lignes. Qu’attendons-nous ?
« Obéir » vient de Obedire, qui vient lui-même de Oboedio, constituer de Ob- et de Audio. L’obéissance, c’est donc soumettre l’ouïe. Se soumettre par l’ouïe. Se soumettre à l’Ordre.
Elliot et U235 distillent toute l’oppression sociale pour nous en inoculer l’essence directement dans les oreilles. Une purge éprouvante. Inemployables est un peu un traité sonore sur les impasses de notre époque.
 « Les ethnologues ont inventorié les techniques musicales propres à intimider la tornade, à fouetter l’ouragan, à calmer le feu, à assommer la rafale, à semer la panique dans les pluies afin de les mener en tambourinant le débit, à attirer le troupeau dans son piétinement, à ensorceler la venue du fauve dans le corps du sorcier, à terrifier la lune, les âmes jusqu’à l’obéissance. (…)
Désensorceler nos sociétés de leur obéissance. Le goût de l’ordre et de l’assujettissement dans nos sociétés a tourné à l’hystérie. Les guerres les plus cruelles sont devant nous. Elles seront les contreparties de plus en plus effroyables, le paiement sacrificiel de la protection sociale, médicale, juridique, morale et policière des temps de paix. » P. Quignard, in La Haine de la Musique
Si vous êtes assez courageux pour écouter la chose, il est difficile de ne pas s'émerveiller devant l'ampleur de l'obsession et de la fascination. Cette fascination qui arrête le regard, au point qu’il ne peut s’en détacher. La fascination, c’est la perception de l’angle mort. Et elle s’observe du coin de l’œil.
Là où la musique populaire, presque comme une empreinte infantile, entraîne une surprenante adhésion, des fois contre notre volonté, la Power Electronics tient beaucoup plus du regret du chant des hommes. Aucune musique ne peut la dépasser dans sa noirceur et sa violence pétrifiante.
Elle est l’éclatante preuve que l’art n’a jamais été le contraire de la barbarie.
« Là où l'on veut avoir des esclaves, il faut le plus de musique possible. » L. Tolstoï
N.B. : A écouter aussi fort que possible.


During last decades, Power Electronics has been drowned by Bennett’s followers and many groups have filled the market with discs full of horrible noises, continuing to mix in a sterile way imagery about domination, abuse and abominations of all kinds.
Ordre & Progrès (Order & Progress), which appears much like the collaboration and the inevitable culmination of 25 years of friendship between Elliot and U235, is clearly positioned face to all people who are huddled in this music for 30 years. As they say in their presentation:
"Our themes are much less dramatic than those of Power Electronics but proceed from a similar interest in the commodification of the individual. Our perspective is deliberately amoral and politically disengaged. In the same vein, the use of noise by the Group Ordre & Progrès shouldn’t be equated with that of the rearguard alternative culture. Our approach is also unrelated to any ideology of cultural resistance. We do not dissolve existing forms by blurring, but create new forms by the noise."
Formed of short and sharp tracks, Inemployable recovers the sound collage industrial method where frequencies mutate, shove and overlap in brutal and intense way. In these pieces, the group seems to seek an approach that aims distanced, but still aggressive manipulation by the ferocious sound they make. A conversation, threatening voices, and much more... Everything has an alienating effect and sweat a disturbing desolation. The noise would be a dull day in an office building, or in a hospital, where all drugs are used up.
Of course, this has the desired effect, and the group has fairly successful: the music is relentless and we are crushed. And that leaves the frightened listener in a gloomy mood. Repellent, but in a good way: a scary listening.
Somehow, those who listen to this musical style likes to hurt themselves. But they know it and Inemployable is just the epitome of what inherently this music is: exploring the tensions between the listener and the sound. How stumbling and shaking his thought and free will. Enslavement. And of course, doubt. In this sticky social aggression, all is implied. What do we expect?
"
Obey" comes from Obedire, who has himself Oboedio, Ob- and -Audio. Obedience is submitting by our ears. Compelling by hearing. Submit to the Order.
Elliot and U235 distill all the social oppression for inoculate the essence to us directly into the ears. A tough purge. Inemployable is like a sound treaty about impasse of our time.
"Anthropologists have inventoried musical techniques good to intimidate the tornado, to whip the storm, to calm the fire, to knock out the squall, to scare the rain, for bring them into the drumming flow, to attract the flock in his trampling, to bewitch the coming of the beast in the the sorcerer’s body, to terrify the moon, the souls to obedience. (...)
Disenchant our societies of their obedience. The love of order and liability in our society has turned to hysteria. The cruelest wars do not happen yet. Counterparties will be more appalling, the sacrificial payment of social welfare, medical, legal, moral and police of peacetime."
Pascal Quignard, Hatred of Music
 If you are brave enough to listen this album, it's hard to don’t be marvelled in front of the extent of obsession and fascination. This fascination catches the eye, to the point that it cannot be detached. The fascination is the perception of the blind spot. And we have to observe it in a blink.
When popular music, almost like an infant trace, is surprisingly approved by people, sometimes against their will, Power Electronics becomes the regret of the singing of man. No music can overcome this one in the darkness and in its petrifying violence.
It’s the striking evidence Art has never been the opposite of barbarism.
"Where we want to have slaves, it should be more music possible." L. Tolstoy
Please play it as loud as possible.


Télécharger / Download :

ELLIOT : Synthétiseur (Synthetizer)
U235 : Sampler

Compositions : Ordre & Progrès
Enregistré et Mixé entre Mars et Juin (recorded and mixed between March and June) :
Ordre & Progrès
Graphisme (Design) : U235
THO007 – 07/2011
CD Time : 30:42

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